Les fonds spéculatifs activistes, des prédateurs

Les fonds spéculatifs se sont imposés de façon agressive dans l’objectif de restructurer des entreprises en difficulté (ou d’autres en pleine forme !). Ces démarches portent-elles leurs fruits ? Deux chercheurs dévoilent aujourd’hui l’étendue des dégâts à long terme causés par la vision extrêmement étriquée de ce genre de fonds.

Les « raids » des fonds activistes alimentent la presse depuis des années, tel celui du fond Third Point de Daniel Loeb, qui a poussé Nestlé à céder ses parts à L’Oréal. Mais jusqu’à présent, le débat est loin d’être tranché : ces fonds offensifs sont-ils une bonne ou une mauvaise chose ? Car réduire les coûts, se débarrasser d’actifs superflus, maintenir un board en alerte et gagner de l’argent pour les actionnaires, c’est un peu le principe d’une entreprise, non ? En fait, ce type de rustine faisant des ravages sur le long terme. Tel est l’argument de deux chercheurs qui sont difficilement qualifiés de gauchistes révoltés : Rodolphe Durand, professeur à HEC Paris et Mark DesJardine, membre de l’université d’État de Pennsylvanie. Ils ont examiné les résultats financiers des entreprises ciblées par des fonds spéculatifs activistes. Leurs découvertes ? Dans les 5 ans qui ont suivi un « raid », 4 à 8 % des emplois ont été sacrifiés, la R&D a été affaiblie, la RSE s’est effondrée et la compagnie périclite avec une baisse de valeur de ses actions pouvant aller jusqu’à 10 %. Voilà enfin des arguments basés sur une étude à long terme qui encouragent à résister aux assauts virulents des fonds spéculatifs activistes !  

 

De Andrea Davoust, journaliste & chargée de projets éditoriaux 

 

Pour en savoir plus : interview de Mark DesJardine et Rodolphe Durand, et d’après leur rapport « Disentangling the effects of hedge fund activism on firm financial and social performance », (Strategic Management Journal, janvier 2020)