Crétins que nous sommes !

Si nos enfants semblent les victimes toutes désignées de la sur sollicitation digitale, selon Michel Desmurget, directeur de recherche à l’institut des sciences cognitives de Lyon, dans son dernier livre La fabrique du crétin digital, qu’en est-il des adultes que nous sommes ?

La question mérite d’être posée, en particulier, au travail ! Car l’appétence de l’homo sapiens pour les relations sociales et la vie en groupe qui a forgé peu à peu la société et les organisations que nous connaissons aujourd’hui semble désormais se retourner contre lui. Le symptôme le plus marquant de ce retournement de situation est probablement la peur de rater des informations ou d’être exclu (même temporairement) d’un groupe d’échanges et de discussions lorsque nous n’avons plus accès au « sacro-saint » réseau ! Ce sentiment d’exclusion peut même virer au cauchemar chez les personnes qui souffrent de FOMO (Fear of Missing Out) ou peur quasi maladive de rater des informations importantes. Bien évidemment cette dépendance au réseau ne relève pas forcément de la pathologie, mais quel que soit notre niveau de connectivité, il me semble intéressant de nous interroger sur nos propres usages numériques. L’intérêt : éviter que nos outils digitaux censés nous apporter richesse, plaisir et efficacité ne deviennent synonyme de stress et d’emmerdements !

Pour cela, gardons à l’esprit que nos ressources intellectuelles sont limitées alors que le volume d’informations véhiculé par mail ou sur nos réseaux sociaux ne l’est, lui, quasiment plus ! Si la recherche de la perfection et, notamment, de la précision, de l’exhaustivité, du contrôle et de la réactivité représente une quête valable et satisfaisante intellectuellement, elle ne peut concerner que des domaines d’expertise restreints. Dans ce cadre seulement, les informations nouvelles sont susceptibles d’être intégrées efficacement à nos connaissances et peuvent nous permettre d’agir vite et précisément.

Dans les autres situations, contentons-nous d’approximations et de plages de travail, de détente et de réflexion hors connexion où notre cerveau ne se laissera pas happer par des informations qu’il n’est pas en mesure de traiter !

 

Pour aller plus loin : 
–  La Fabrique du Crétin Digital, de Michel Desmurget, (Seuil 2019)