Bullshit Jobs : nouveau fléau ou début de révolution ?

Selon David Graeber, anthropologue américain (un peu) anarchiste, un bullshit job « c’est un boulot si inutile, absurde, voire néfaste, que même celui qui l’occupe ne peut en justifier l’existence ». Cette définition résonne en vous ? Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas seul(e).

Selon Graeber « ceux qui occupent ces boulots à la con, sont souvent entourés d’honneur et de prestige, ils sont respectés et bien rémunérés. » Être payé à ne rien faire, la belle affaire ? Et bien…non. Son nouvel essai – Bullshit Jobs : a theory–  témoigne du prix moral et psychologique très élevé de ceux qui ont un bullshit job. Nombreux sont ceux qui tombent en dépression. En effet, un bullshit job n’a aucun sens, et implique surtout une dose de mensonge insoutenable pour celui qui l’occupe, avec l’impression de tromper la société et d’avoir vendu son âme au diable.

S’il avait déjà sonné l’alarme en 2013 dans un article coup de poing pour Strike! Magazine, Graeber confirme l’existence de ce phénomène dans son essai et surtout pointe du doigt la société actuelle qui participe à la prolifération de ces bullshit jobs. À croire que mieux vaut de mauvais emplois que pas assez d’emplois…

Alors quelle est la solution ? Jean-Laurent Cassely évoque, lui, la reconversion vers des métiers d’artisanat dans La révolte des premiers de la classe (Arkhê 2017); certains misent sur le bien-être des troupes via des acteurs comme les happiness officers(nouveau bullshit job?). Graeber pense quant à lui que nous devons changer ce qui a une valeur à nos yeux ou du moins affirmer ce qui nous plaît vraiment. En effet, avoir conscience d’exercer un bullshit job, c’est avoir aussi conscience de ce que vous voulez vraiment accomplir. C’est ce chemin d’une prise de conscience qui est nécessaire, plutôt que la complaisance avec un système biaisé et déprimant.

Encore étudiante, ce sujet m’a particulièrement touché. En effet, à la fin de nos études beaucoup d’entre nous ont tendance à se jeter sur la première entreprise prête à nous embaucher, et finalement le regretter. Je n’appelle pas à jouer les fines bouches, mais plutôt à agir… avec sens.

 

Pour aller plus loin :

Bullshit jobs: why they exist and why you might have one de Sean Illing (Vox, 25 juin 2018)

 

Le livre à acheter :

Bullshit Jobs- a theory de David Graeber (Simon&Schuster, mai 2018)