La révolution digitale tient-elle ses promesses ? Premium

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Internet bouscule les structures du pouvoir, aplatit les organisations, donne de l’autonomie aux individus. À la clé : des pratiques business plus démocratiques, ouvertes et responsables… vraiment ? Si les nouvelles technologies ont effectivement le potentiel d’insuffler ces changements, le doute persiste quant à savoir si l’économie digitale avance bel et bien dans la bonne direction.

La plupart des dirigeants modernes et progressistes sont unanimes au sujet d’Internet : « cette technologie libère, informe et octroie du pouvoir aux individus ». Et la plupart des entreprises partagent l’idée selon laquelle elles doivent investir dans les infrastructures digitales, promouvoir les nouvelles technologies et accepter la transition vers des structures plus horizontales et des cultures plus ouvertes. L’accent est mis sur les opportunités ainsi que le potentiel de l’ère digitale en matière d’engagement des équipes, d’innovation et de performances. Mais face à cet enthousiasme général, n’avons-nous pas tendance à en négliger les écueils ? Dans son livre percutant, The People’s Platform, la documentariste et activiste Astra Taylor revient sur les nombreux mythes du pouvoir de transformation du digital. Elle nous invite à prendre conscience qu’il ne s’agit que d’outils, incapables de faire progresser le monde des affaires d’un simple coup de baguette magique. « Seule, la technologie ne peut accomplir la transformation culturelle que nous attendons d’elle. Nous devons comprendre les enjeux socio-économiques d’une telle évolution pour pouvoir y faire face. Ce n’est qu’à ce moment que nous pourrons pleinement saisir les opportunités inédites qu’offre Internet et commencer à donner vie à l’idéal d’une culture moins exclusive et plus équitable. »

Mythe n°1 : la révolution digitale est synonyme de diversité
Internet est supposé donner la parole à une multitude de personnes différentes. Toutefois, comme le souligne Astra Taylor, nombre de facteurs indiquent qu’Internet ne nous met pas tous sur un « pied d’égalité », contrairement à ce pourquoi il a été créé. En réalité, les communautés d’internautes, dont on loue « l’ouverture d’esprit », ont jusqu’à présent fait preuve d’un chauvinisme, d’une discrimination et d’une homogénéité bien plus marqués que les communautés traditionnelles hors ligne. Car, selon leur classe sociale, leurs origines ou leur genre, les membres des communautés digitales ont des comportements très disparates. Les hommes d’affaires blancs instruits sont ainsi surreprésentés dans les espaces virtuels. Par exemple, Astra Taylor révèle que sur Wikipédia, modèle réputé de cet « âge d’or » du partage et de la collaboration, les femmes rédigent moins de 15 % des articles. « La segmentation sur Internet est troublante, explique Astra Taylor. Des préjugés répandus sont colportés en ligne sans qu’aucun contrepoids ne rétablisse un équilibre moral. On note même une tendance émergente à ce que les spécialistes appellent ‘l’homophilie’ (une disposition à rechercher ce qui est familier et à rejeter la différence) s’accompagnant d’une menace pour la diversité ». Puisque l’intelligence collective repose sur cette diversité, le fait que la discrimination soit exacerbée au sein d’espaces en ligne publics suggère que les entreprises doivent prendre des mesures claires pour également refléter cette diversité dans les espaces digitaux développés en interne.

Mythe n°2 : la révolution digitale porte une gouvernance démocratique
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La révolution digitale tient-elle ses promesses ?

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D’après The People’s Platform: Taking Back Power and Culture in the Digital Age d’Astra Taylor (Metropolitan Books, avril 2014).