La raison d’être de l’entreprise change-t-elle celle de l’actionnaire ?

En élargissant l’intérêt social de l’entreprise aux dimensions environnementales et sociales et en rendant possible la sanctification d’une raison d’être dans les statuts de l’entreprise, la loi PACTE semble porter atteinte à l’intérêt de l’actionnaire. En réalité, il n’en est rien, soutient Jean-Florent Rérolle.

Définissant la raison d’être comme un cadrage stratégique du projet d’entreprise, il soutient que cette mesure s’inscrit dans la logique d’une évolution entamée par l’investissement socialement responsable. Aujourd’hui, la plupart des fonds d’investissement intègrent une dimension ESG1 dans leurs décisions.

Cette mesure vient donc conforter une pratique qui leur permet aussi, de manière très prosaïque, de diminuer les risques de leurs portefeuilles et, pour les plus sophistiqués, d’en augmenter la rentabilité. Mais pour que ce nouveau paradigme joue un rôle d’accélérateur, les entreprises doivent faire de la finance leur alliée et non leur ennemi : les investissements nécessaires à la transition écologique et à la promotion du développement durable ne peuvent être financés que par les fonds d’investissement car ce sont eux qui concentrent l’essentiel des ressources financières mondiales.

Elles devront aussi modifier leur processus de réflexion stratégique pour mieux appréhender et quantifier l’impact de leurs performances extra-financières sur la valeur à long terme pour l’actionnaire. Enfin, une gouvernance plus efficace doit se mettre en place pour être une instance d’arbitrage qui s’assure que la multiplicité des objectifs ne devienne pas un alibi commode permettant aux dirigeants de négliger l’intérêt à long terme des actionnaires fondamentaux.

 

Pour en savoir plus :
« Raison d’être de l’entreprise : que doivent en penser les actionnaires ? »
de Jean-Florent Rérolle, (LinkedIn, 18 mai 2019).

1. Environnement, Social, Gouvernance