Plaisir au travail, bonheur au travail : rien à voir

Quel est le rapport entre un morceau de sucre et votre dernière consultation de Facebook ? La satisfaction éphémère, le goût de reviens-y... et l’incapacité à vous procurer, dans le fond, un vrai sentiment de contentement.

Le pédiatre et neuroendocronologue Robert Lustig vient de lancer un beau pavé dans la mare avec son dernier livre : le bonheur et le plaisir n’ont rien à voir. Et il liste 7 bonnes raisons de les distinguer, dont, entre autres, la temporalité, le sens, le don, la condition sociale ou… les neurotransmetteurs. Dopamine pour le plaisir et sérotonine pour le bonheur, localisées dans deux sites distincts du cerveau et mobilisant deux modes d’action différents. En bref, le bonheur n’est pas le fruit de l’accumulation de plaisirs. Pire encore, la recherche effrénée de plaisirs (fugaces) pourrait inhiber le sentiment de contentement.
J’ai aimé ce livre (et la vidéo BRUT qui en a été faite) car il pourrait apporter un regard nouveau sur les politiques de bien-être qui se multiplient un peu partout mais sans grande efficacité.
Proposer du babyfoot, du pilates à l’heure du dèj ou des séances de sophro collectives c’est bien, mais ces activités restent de l’ordre du plaisir, avec une efficacité de cataplasme sur jambe de bois si elles restent toujours déconnectées du vrai problème de fond – les conditions même d’exercice du travail dans un environnement qui a profondément muté. C’est à elles qu’il faut avant tout s’atteler : les incohérences dans l’expérience employé ou la pression des nouveaux modes de travail.

Pour en savoir plus : The Hacking of the American Mind, de Robert Lustig (Penguin 2017).
« Plus vous recherchez du plaisir, plus vous serez malheureux », Brut